1. Contexte historique : le régime des Khmers rouges et le génocide cambodgien
Le régime des Khmers rouges a dirigé le Cambodge du 17 avril 1975, date de la prise de Phnom Penh, au 7 janvier 1979, lorsque les forces vietnamiennes sont entrées dans la capitale. À la tête du régime se trouvait Pol Pot, de son vrai nom Saloth Sar, secrétaire général du Parti communiste du Kampuchéa et principal dirigeant des Khmers rouges, également connus sous le nom d’Angkar.
Durant cette période, le régime a imposé une transformation radicale de la société cambodgienne. La population des villes a été contrainte de rejoindre les campagnes pour travailler dans des coopératives agricoles. La monnaie a été supprimée, tandis que les écoles, les hôpitaux et les pratiques religieuses ont été profondément bouleversés ou interdits. Le travail forcé, les privations et les purges politiques ont marqué le quotidien. Les intellectuels, les anciens fonctionnaires, les minorités ethniques et religieuses, ainsi que toute personne soupçonnée d’opposition au régime, ont été particulièrement exposés à la répression.
Les conséquences humaines furent catastrophiques. Entre 1,5 et 2 millions de personnes, soit environ un quart de la population cambodgienne de l’époque, ont péri entre 1975 et 1979. Les décès résultaient des exécutions, du travail forcé, de la famine et des maladies. Aujourd’hui encore, cette période constitue une blessure profonde dans la mémoire collective du Cambodge, dont témoignent les survivants, les familles des victimes et les nombreux sites de fosses communes conservés à travers le pays.
Tuol Sleng (S-21) : un centre de détention et de torture
Situé au cœur de Phnom Penh, le musée du génocide de Tuol Sleng occupe les anciens bâtiments du lycée Tuol Svay Prey, transformés par les Khmers rouges en centre de détention et d’interrogatoire sous le nom de S-21. Entre 1976 et 1979, environ 15 000 à 20 000 personnes y auraient été emprisonnées, interrogées et torturées. Seul un très petit nombre de détenus ont survécu. Les photographies des prisonniers, les cellules et les témoignages conservés sur place permettent aujourd’hui de comprendre le fonctionnement de cette machine répressive.
Choeung Ek : les champs de la mort
Situé à environ 15 kilomètres au sud du centre de Phnom Penh, Choeung Ek est l’un des sites d’exécution et de sépulture collective les plus connus du Cambodge. Des milliers de prisonniers, notamment transférés depuis S-21, y ont été exécutés et enterrés dans des fosses communes. Le mémorial et les vestiges encore visibles sur le site rendent hommage aux victimes et rappellent l’ampleur des violences commises sous le régime des Khmers rouges.
Deux lieux complémentaires pour comprendre l’histoire du Cambodge
Tuol Sleng et Choeung Ek sont étroitement liés : de nombreux détenus de S-21 ont été transférés vers Choeung Ek pour y être exécutés. Visiter les deux sites dans cet ordre permet de mieux comprendre les différentes étapes de la répression, de l’arrestation et de la torture jusqu’à l’exécution et à l’inhumation. Cette découverte, particulièrement émouvante, invite à préserver la mémoire des victimes et à mieux comprendre l’histoire contemporaine du Cambodge.
>>> En savoir plus : Incontournables du Vietnam et Merverilles d’Angkor – 16 jours
2. Le musée du génocide de Tuol Sleng (S-21)
Le musée du génocide de Tuol Sleng, situé au 113, rue 113, dans le quartier de Boeung Keng Kang III, au cœur de Phnom Penh, est l’un des principaux lieux de mémoire du Cambodge. À l’origine, le bâtiment abritait le lycée Tuol Svay Prey, construit dans les années 1960. En 1976, sous le régime des Khmers rouges, l’établissement scolaire fut transformé en prison de haute sécurité, connue sous le nom de Security Prison 21 (S-21).
Ce centre de détention et de torture comptait parmi les plus importants du régime. Le complexe comprend plusieurs bâtiments, désignés par les lettres A, B, C, D et E, qui témoignent aujourd’hui des violences subies par les prisonniers. Les salles de classe furent transformées en cellules et en salles d’interrogatoire, avec des cloisons en briques, des portes en bois et des fenêtres barrées. Des barbelés installés autour des bâtiments empêchaient les détenus de tenter de s’évader.
2-1. Informations pratiques pour visiter le musée
- Horaires d’ouverture : généralement de 8 h à 17 h tous les jours. Il est conseillé de vérifier les horaires avant la visite et d’arriver tôt, idéalement entre 8 h et 8 h 30, pour profiter d’une atmosphère plus calme.
- Prix d’entrée : environ 5 dollars américains par adulte, selon les tarifs indiqués dans les informations disponibles. Les conditions tarifaires peuvent varier.
- Audioguide : un supplément d’environ 3 à 5 dollars américains peut être demandé. Des versions en plusieurs langues, dont le français, l’anglais et le vietnamien, sont proposées selon les disponibilités.
- Durée de visite : prévoyez environ 1 h 30 à 2 h pour découvrir les principales salles et comprendre l’histoire du site.
2-2. Les principaux espaces du musée du génocide de Tuol Sleng
- Les bâtiments B, C et D : cellules et salles de torture
Ces bâtiments permettent de découvrir les conditions de détention imposées aux prisonniers. Les anciennes salles de classe furent divisées en petites cellules, parfois destinées à plusieurs détenus. Les prisonniers étaient fréquemment enchaînés aux chevilles, isolés les uns des autres et soumis à des conditions d’hygiène extrêmement précaires.
Certaines salles conservent des lits métalliques, des chaînes et d’autres objets associés aux interrogatoires et aux tortures. Des photographies et des documents exposés sur place témoignent des violences commises dans cette prison. La découverte de ces espaces permet de mesurer la brutalité du système répressif mis en place par les Khmers rouges.
- Le bâtiment A : archives et témoignages des prisonniers
Les archives constituent l’une des parties les plus marquantes du musée. Elles comprennent des photographies de détenus, des documents administratifs, des interrogatoires et des dossiers liés aux accusations portées contre les prisonniers, souvent soupçonnés d’être des opposants au régime ou des espions.
Ces documents illustrent la manière dont S-21 enregistrait et surveillait les détenus. Ils donnent également un visage aux victimes, en rappelant que derrière chaque photographie se trouvait une personne, avec une histoire et une famille.
- Le bâtiment E : espaces de service et réserves
Les espaces de service étaient utilisés pour différentes fonctions logistiques, notamment le stockage et la préparation des ressources nécessaires au fonctionnement de la prison. Les conditions alimentaires imposées aux détenus étaient particulièrement difficiles : les rations insuffisantes, associées aux mauvais traitements et au manque d’hygiène, aggravaient leur état physique.
- Les espaces extérieurs et le mémorial
À l’extérieur des bâtiments, certains éléments rappellent les événements survenus dans l’ancien établissement. Le site comprend également des espaces commémoratifs où les visiteurs peuvent se recueillir en mémoire des victimes. Des fleurs ou de l’encens peuvent être déposés dans les espaces prévus à cet effet, dans le respect des règles du musée.
- L’exposition photographique : mettre un visage sur les victimes
Les photographies en noir et blanc constituent une partie essentielle de la visite. Elles montrent des prisonniers de différents âges et de différentes origines, parmi lesquels des femmes, des enfants et des personnes âgées. Associées aux archives et aux témoignages, elles rappellent l’ampleur de la répression et permettent de mieux comprendre la dimension humaine du génocide cambodgien.
- L’audioguide de Tuol Sleng : une expérience à privilégier
L’audioguide est particulièrement utile pour comprendre l’histoire du musée du génocide de Tuol Sleng et le fonctionnement de S-21. Il propose des explications historiques, retrace le parcours des prisonniers et présente des témoignages de survivants, notamment ceux de Chum Mey et de Bou Meng, qui comptent parmi les rares personnes ayant survécu à cette prison.
Disponible en plusieurs langues selon les modalités proposées sur place, l’audioguide permet d’approfondir la visite à son propre rythme. Les récits personnels donnent une dimension plus concrète aux lieux et aident à comprendre les souffrances endurées par les victimes.
La visite peut être éprouvante sur le plan émotionnel, en particulier lors de la découverte des photographies et des témoignages. Il est donc conseillé de prendre son temps et d’aborder ce lieu avec respect. Au-delà de son intérêt historique, Tuol Sleng est un espace de mémoire essentiel pour comprendre le passé du Cambodge et rendre hommage aux victimes du régime des Khmers rouges.
>>> En savoir plus : Le Vietnam & le Cambodge, deux merveilles – 15 jours
3. Les champs de la mort de Choeung Ek
Situé dans le village de Roluos, dans le district de Dangkor, à environ 15 à 17 km au sud du centre de Phnom Penh, Choeung Ek est l’un des principaux lieux de mémoire du génocide cambodgien. Avant 1975, le site était un verger et un ancien cimetière utilisé par la communauté chinoise.
Entre 1975 et 1978, sous le régime des Khmers rouges, Choeung Ek fut transformé en lieu d’exécution et de sépulture collective. Des milliers de prisonniers, notamment transférés depuis la prison de S-21 et d’autres centres de détention, y furent exécutés puis enterrés dans des fosses communes. Environ 20 000 personnes auraient été conduites sur ce site, qui constitue aujourd’hui un témoignage majeur des atrocités commises pendant cette période.
3-1. Informations pratiques pour visiter Choeung Ek
- Horaires d’ouverture : généralement de 7 h 30 à 17 h 30 tous les jours. Il est préférable de vérifier les horaires avant la visite et d’arriver entre 8 h et 8 h 30 pour éviter les fortes chaleurs et les périodes les plus fréquentées.
- Prix d’entrée : environ 6 dollars américains par adulte, avec un audioguide multilingue généralement inclus selon les conditions de billetterie.
- Durée de visite : prévoyez environ 1 h 30 à 2 h pour parcourir le site et découvrir son histoire à votre rythme.
3-2. Les principaux espaces du site de Choeung Ek
- Le stupa commémoratif : un hommage aux victimes
Le stupa commémoratif est l’un des monuments les plus marquants de Choeung Ek. Cette structure bouddhiste abrite des milliers de crânes et des restes humains retrouvés dans les fosses communes après la chute du régime des Khmers rouges. Disposés derrière des panneaux de verre, ces vestiges témoignent de l’ampleur des violences et rendent hommage aux personnes qui ont perdu la vie sur le site.
Les visiteurs peuvent entrer dans le mémorial pour observer les vestiges dans le respect des victimes. Certains choisissent également d’y déposer des fleurs ou de l’encens, lorsque cela est autorisé, afin de se recueillir. Cet espace invite au silence et à la réflexion sur la mémoire du génocide cambodgien.
- Les fosses communes : les traces du génocide
Les fosses communes constituent une partie essentielle de la visite des champs de la mort de Choeung Ek. Réparties sur l’ensemble du site, elles témoignent des exécutions et des enterrements collectifs perpétrés sous le régime des Khmers rouges. Certaines zones sont encore signalées par des panneaux explicatifs, et des fragments d’ossements ou de vêtements peuvent parfois être visibles à la surface du sol.
Le parcours permet de découvrir ces emplacements tout en écoutant les explications historiques de l’audioguide. Les récits décrivent les méthodes brutales utilisées pour exécuter les prisonniers, souvent sans armes à feu, ainsi que les souffrances endurées par les victimes. Il est recommandé de rester sur les chemins balisés et de ne pas toucher aux vestiges, par respect pour les défunts.
- L’arbre de la mort : un symbole particulièrement bouleversant
Parmi les lieux les plus émouvants de Choeung Ek figure l’arbre de la mort, associé aux témoignages sur les violences infligées aux enfants pendant le génocide. Selon les récits historiques présentés sur le site, des enfants y furent tués dans des circonstances particulièrement atroces.
Aujourd’hui, un panneau commémoratif rappelle les événements qui se sont déroulés à cet endroit. L’audioguide apporte des explications sur ce symbole douloureux de la mémoire cambodgienne. Pour de nombreux visiteurs, cette étape est l’une des plus difficiles émotionnellement. Il est possible de prendre du recul et de poursuivre la visite à son propre rythme.
- L’exposition : photographies et objets personnels des victimes
Les espaces d’exposition présentent des documents et des témoignages permettant de mieux comprendre l’histoire de Choeung Ek. Des photographies, des vêtements et d’autres objets retrouvés sur le site contribuent à restituer une dimension humaine aux événements. Ils rappellent que les victimes étaient des personnes de tous âges, avec des familles, des souvenirs et des projets de vie.
Ces éléments complètent la découverte des fosses communes et du mémorial en apportant un éclairage sur les parcours des victimes et les conséquences du régime des Khmers rouges.
- L’audioguide de Choeung Ek : une écoute vivement recommandée
L’audioguide est un complément précieux pour comprendre l’histoire des champs de la mort de Choeung Ek. Il retrace le rôle du site dans le système répressif des Khmers rouges, explique les différentes étapes de la visite et présente des récits liés aux victimes et aux survivants.
Disponible en plusieurs langues selon les options proposées sur place, il permet de suivre le parcours à son propre rythme et d’approfondir les explications historiques. Plutôt que de se limiter à l’observation des lieux, les visiteurs peuvent ainsi mieux saisir la portée humaine des événements.
La découverte de Choeung Ek peut être particulièrement éprouvante. Il est conseillé de prévoir suffisamment de temps, de respecter le silence dans les espaces commémoratifs et d’éviter les photographies intrusives des restes humains. Cette visite constitue une étape importante pour comprendre l’histoire du Cambodge et préserver la mémoire des victimes du génocide.
>>> En savoir plus : Le delta du Mékong et les temples d’Angkor – 12 jours
4. Comment se rendre de Tuol Sleng à Choeung Ek depuis le centre de Phnom Penh
De Phnom Penh au musée de Tuol Sleng (S-21)
Depuis le marché central ou les quais du Mékong, le musée du génocide de Tuol Sleng se trouve à environ 2 à 3 km, soit 5 à 10 minutes en voiture selon la circulation.
Plusieurs moyens de transport permettent de rejoindre le site :
- En tuk-tuk : comptez environ 2 à 3 dollars américains par trajet.
- Avec Grab ou PassApp : ces applications de transport proposent généralement des courses entre 1,50 et 2,50 dollars américains.
- À pied ou à vélo : si vous séjournez à proximité, prévoyez environ 20 à 30 minutes de marche pour rejoindre le musée.
De Tuol Sleng (S-21) aux champs de la mort de Choeung Ek
Le site de Choeung Ek se trouve à environ 15 à 17 km au sud du musée de Tuol Sleng. Le trajet dure généralement entre 30 et 40 minutes en voiture, selon les conditions de circulation.
Voici les principales options pour effectuer ce déplacement :
- En tuk-tuk : prévoyez environ 15 à 20 dollars américains pour un aller-retour avec attente sur place, ou 8 à 10 dollars pour un aller simple.
- Avec Grab ou PassApp : le prix se situe généralement entre 10 et 15 dollars américains par trajet, selon la demande et le point de départ.
- En taxi : comptez environ 15 à 25 dollars américains pour un aller simple. Cette option offre davantage de confort, notamment pendant les périodes de forte chaleur.
Il est conseillé de convenir du tarif avec le chauffeur avant le départ si vous utilisez un tuk-tuk sans réservation par application.
Les excursions organisées avec un guide
Plusieurs agences de voyage et hôtels à Phnom Penh proposent des excursions d’une demi-journée combinant la visite du musée de Tuol Sleng et des champs de la mort de Choeung Ek. Selon la formule choisie, le prix indicatif se situe entre 18 et 35 dollars américains par personne pour un petit groupe, ou entre 12 et 20 dollars pour un groupe plus important.
Ces excursions peuvent inclure le transport, les services d’un guide, les billets d’entrée et de l’eau potable. Les prestations varient toutefois d’un opérateur à l’autre : il est donc préférable de vérifier les inclusions avant de réserver.
L’avantage principal d’une visite guidée est de bénéficier d’explications historiques tout au long du parcours, sans avoir à organiser séparément les déplacements et les entrées. Cette solution est particulièrement pratique pour les voyageurs qui disposent de peu de temps ou qui découvrent Phnom Penh pour la première fois.
5. Conseils pratiques pour visiter le musée Tuol Sleng et Choeung Ek
- Se préparer émotionnellement : Ces deux lieux témoignent de violences particulièrement éprouvantes. Prévoyez suffisamment de temps pour la visite et privilégiez le matin, lorsque vous êtes moins fatigué. Le contenu peut être difficile pour les jeunes enfants.
- Adopter une tenue et une attitude respectueuses : Privilégiez des vêtements sobres, couvrant les épaules et les genoux. Gardez le silence dans les espaces commémoratifs et respectez les consignes affichées sur place.
- Photographier avec respect : Vérifiez les règles propres à chaque espace avant de prendre des photos. Évitez les selfies inappropriés et les photographies intrusives des restes humains.
- Préserver son confort physique : Phnom Penh étant souvent chaude et humide, emportez de l’eau, un chapeau et de la crème solaire. Privilégiez les heures les moins chaudes et accordez-vous une pause après la visite si nécessaire.
La visite du musée Tuol Sleng (S-21) et des champs de la mort de Choeung Ek constitue une étape importante pour comprendre l’histoire du Cambodge et rendre hommage aux victimes du régime des Khmers rouges. Ces deux lieux de mémoire invitent à découvrir le passé du pays avec émotion, respect et réflexion.
Pour votre voyage au Cambodge, l’équipe d’iLOTUS TOURS vous accompagne dans l’organisation d’un itinéraire sur mesure, avec des guides locaux expérimentés pour vous aider à mieux comprendre l’histoire et la culture cambodgiennes.
En savoir plus :
>>> Trekking au parc national de Ream : mangroves, nature sauvage et plages désertes
>>> Trekking au Phnom Kulen : cascades sacrées, lingas sculptés et temples cachés
>>> Banteay Chhmar au Cambodge : que voir dans ce temple oublié de la jungle
>>> Baphuon et Angkor Thom : itinéraire de 3 jours au cœur de l’Empire khmer
>>> Kayak à Kampong Phluk : une aventure entre les forêts immergées du Tonlé Sap


